Virus du bridge

  Problème n° 16 Maniement : avancé Donneur : NSEO  
 
♠  A 3 2
  3 2
  A 4 3 2
♣  A R D 2
 
 
N
 O       E 
S
 
  ♠  R 4
  A R 4
  R D 10 9
♣  10 9 4 3

 

Enchères :

S O N E
1 SA P 5 SA P
6 SA P P P


Contrat : 6 SA par Sud
Entame: 1 0♠
Levées : 12
C'est le calendrier qui a d'une certaine manière imposé le contenu des deux dernières chroniques et qui en fait de même ce jour, toutes trois étant connotées "fêtes nationales". Etant donné que demain c'est le 1er août, on va évoquer des joueurs du crû, en particulier Jean Besse et Pietro Bernasconi. Ils ont disparu tous les deux, mais on les célèbre encore et toujours dans le milieu. Alors que le premier était considéré comme l'un des meilleurs joueurs de cartes du monde, le second faisait figure de bourreau sadique en matière de problèmes. C'est d'ailleurs en raison de ses qualités de torturer que le grand Mahmood Zia a célébré Bernasconi. Il a illustré son hommage avec l'exercice qui vous est soumis ce jour, lequel est simple - mais tout est relatif, comme n'aurait pas manqué de le préciser Einstein qui a fait ses premières armes comme bridgeur en Suisse -, par apport aux "horreurs" qui figurent dans l'ouvrage Diaboliquement Vôtre, au sous-titre explicite : les 54 problèmes de bridge les plus difficiles du monde.
"Virus" offre demain soir flonflons, feux et lampions à qui découvrira la solution (vu le sponsoring de la nation tout entière, cela ne grève pas trop le budget…). Pour vous mettre sur la voie, on vous indique les deux levées du départ : l'entame est prise du R ♠ et sur l'As ♣ qui suit, Est défausse un . Dans son commentaire original, Mahmood Zia pose une question en apparence anodine mais qui constitue un indice : qu'est-ce qui peut justifier d'abandonner un pli à l'adversaire ? La bonne réponse ne figure pas dans les exemples théoriques que mentionne votre guide comme éviter un adversaire dangereux, rectifier le compte en vue d'un squeeze, préserver une entrée, préparer le terrain pour un jeu de double coupe.
En d'autres termes, la suite, c'est votre problème !


La défausse du par Est à la seconde levée est une bonne nouvelle dès lors que quatre plis de ♣ sont assurés. Désormais, il suffit de débusquer le V pour mener la barque à bon port. Pour ce faire, il faut déterminer si l'un des deux flancs est susceptible de détenir au départ quatre cartes dans la couleur. La grande majorité des déclarants pensera que, compte tenu des cinq cases occupées par les ♣ chez Ouest, son partenaire est nettement favori pour détenir de longs . D'accord avec ce genre de raisonnement, à première vue en tout cas, mais il ne faut pas perdre de vue que ce n'est qu'une probabilité qui oblige à compter sur sa bonne étoile, procédé fortement déconseillé par Besse ou Bernasconi. Qui rejoignent en cela Zia qui pose la bonne question "why take a guess when you can have a mathematical certainty ?" (pourquoi jouer aux devinettes quand on peut se baser sur une certitude mathématique).
On rentre en main à la D pour présenter le 10 ♣ puis encore un ♣ pour la D. A ce stade, il ne reste plus qu'à donner une levée dans la majeure dans laquelle Est a "le plus" défaussé (ici, ce sera ) afin de se mettre en position de refaire les mains adverses. Quelle que soit la continuation - les défenseurs ne sont évidemment pas bêtement charitables au point de renvoyer -, le déclarant encaisse alors ses gagnantes en majeures et le ciel est dégagé. Si Ouest a suivi sur les cinq tours de ♠ et , compte tenu des cinq cartes en ♣ qu'on lui connaît dès le second tour, il ne peut détenir quatre et l'on peut tranquillement tirer les honneurs en tête. Si Ouest défausse sur l'une des majeures, ici sur le troisième tour de , la répartition de cette couleur est connue et l'on sait désormais qu'Est possédait au départ six et quatre ♠, de sorte qu'il ne peut détenir en sus quatre .
Zia résume tout cela en disant que c'est merveilleusement simple une fois qu'on a compris le mécanisme, mais horriblement complexe quand on y est confronté, ce qui est le label d'un beau travail de problémiste, "the essence of all truly great problems".
Les mains cachées pourraient être les suivantes :


Les quatre jeux :

 
♠  A 3 2
  3 2
  A 4 3 2
♣  A R D 2
 
♠  10 9 8 7
  D 9
  V 8
♣  V 8 7 6 5

N
 O       E 
S
 ♠  D V 6 5
   V 10 8 7 6 5
   7 6 5
 ♣ 
 
  ♠  R 4
  A R 4
  R D 10 9
♣  10 9 4 3

 

 


 

Jean Besse ne ménageait ni ses adversaires ni même ses partenaires. Et Bernasconi a régulièrement été la cible des piques de son "concurrent". Dans la préface de l'ouvrage Diaboliquement Vôtre (Belfond, 1986), le grand Jean s'est toutefois fendu d'un solide compliment pour l'extraordinaire technique de son compatriote : "Avec lui, le problème prend une dimension nouvelle. Chaque problème est une symphonie complète. Un thème diaboliquement dissimulé, des variantes fines, des fausses pistes tentantes, des fins de coup inédites…".
Si Mahmood Zia n'a pas présenté un casse-tête tiré de l'ouvrage "diabolique", mais une main relativement simple - pour des champions, s'entend -, c'est parce qu'il s'adressait à tous les publics. Le Virus de ce jour s'est en effet inspiré d'une chronique publiée dans The Guardian du 14 juillet 2011 pour commémorer les dix ans de la disparition du bridgeur-informaticien Pietro Bernasconi qui avait créé les problèmes pour le Par Contest, un tournoi joué en individuel avec/contre l'ordinateur, l'épreuve étant proposée à la fine fleur des bridgeurs dans le cadre des championnats du monde à Lille en été 1998 (Trophée Jean Besse, www.letemps.ch/sport/meilleurs-joueurs-planete-se-retrouves-face-euxmemes).

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